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Régulation des jeux d'argent : la CSJA franchit une étape décisive avec le lancement de sa plateforme centralisée

Le 29 mai 2026, la Cellule de Surveillance des Jeux d'Argent (CSJA) a réuni les opérateurs du secteur au Centre financier de Kinshasa pour lancer une nouvelle phase de la réforme voulue par le ministère des Finances. Au cœur des annonces : une plateforme de régulation centralisée permettant un suivi en temps réel des flux financiers, et l'avancée du projet de loi sur les jeux d'argent, désormais en examen à l'Assemblée nationale.

30 mai 2026Réforme du secteur4 minPar CSJA
Réunion entre la CSJA et des opérateurs sur la régulation des jeux en RDC

Un secteur en pleine expansion, sous surveillance renforcée

Le secteur des jeux d'argent et de hasard connaît en République Démocratique du Congo une croissance soutenue, portée par la multiplication des opérateurs. Face à cette dynamique, le ministère des Finances a engagé un vaste chantier de réforme, avec un double objectif : transformer ce secteur en véritable source de recettes publiques, et renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement d'activités illicites.

C'est dans cette optique que le coordonnateur de la CSJA, Dieudonné Ntumba, a présidé le vendredi 29 mai 2026 une réunion avec les opérateurs au Centre financier de Kinshasa. Organisée en application des résolutions du Conseil des ministres, cette rencontre ouvre une série d'actions destinées à structurer et moderniser durablement le secteur.

Une régulation au service de l'économie, pas un frein à l'activité

« Le rôle de l'État n'est pas d'empêcher les activités économiques, mais de les encadrer », a déclaré Dieudonné Ntumba, rappelant que cette démarche s'inscrit dans la vision portée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka : assainir et moderniser le secteur des jeux d'argent tout en protégeant les personnes vulnérables et en combattant l'offre illégale.

Le coordonnateur a également rappelé le contexte international dans lequel s'inscrit cette réforme : la RDC figure actuellement sur la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI), une situation qui pèse sur les investissements étrangers et sur le secteur bancaire national. Une régulation rigoureuse des flux financiers liés aux jeux d'argent constitue ainsi un levier essentiel pour restaurer la crédibilité du pays sur la scène internationale et renforcer la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

Il a salué à cet égard l'engagement du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, dans la mise en œuvre de ces réformes et l'alignement du secteur sur les standards internationaux de transparence et de gouvernance financière.

La plateforme de régulation centralisée, pierre angulaire de la réforme

Annoncée comme l'initiative phare de cette nouvelle étape, la plateforme de régulation centralisée permettra de surveiller en temps réel les transactions et les flux financiers des opérateurs de jeux, garantissant une mobilisation optimale des recettes publiques. Les opérateurs sont invités à intégrer leurs systèmes à cette infrastructure, en étroite collaboration avec la CSJA.

Des sessions techniques seront organisées dans les prochaines semaines pour accompagner les opérateurs dans cette intégration — une étape jugée essentielle pour renforcer la crédibilité et la compétitivité du secteur, tout en assurant la protection des joueurs comme des opérateurs.

Un cadre légal moderne en cours d'adoption

Le coordonnateur de la CSJA a fait le point sur l'avancée du projet de loi relatif aux jeux d'argent et de hasard, actuellement examiné par le Parlement. Déclaré recevable par l'Assemblée nationale le 4 décembre 2025, ce texte avait été déposé le 23 juin 2025 par le ministre des Finances et présenté en séance plénière par la vice-ministre des Finances, Grâce Yamba Kazadi, avant d'être transmis à la Commission économique et financière (ÉCOFIN) pour examen approfondi.

« Cette législation, attendue de longue date, remplacera les lois datant de l'époque coloniale et fournira un cadre juridique moderne pour encadrer le secteur », a souligné Dieudonné Ntumba, précisant qu'en attendant son adoption, la CSJA continue de jouer un rôle central dans la mise en œuvre des mécanismes de régulation existants.

Les opérateurs saluent une démarche partenariale

La réunion s'est conclue sur une note positive, les opérateurs ayant exprimé leur soutien aux initiatives de régulation. Le coordonnateur de la CSJA a réaffirmé l'engagement du ministère des Finances à maintenir un dialogue permanent avec les acteurs du secteur, condition d'une mise en œuvre harmonieuse de la réforme.

Représentant le ministre des Finances, Didier Bobwa Wese, en charge du système d'information et du monitoring des opérations de jeux, a détaillé la nécessité de cette régulation pour limiter les risques sociaux et économiques liés aux jeux d'argent, tout en invitant les opérateurs à s'investir pleinement dans cette transformation. Selon lui, cette régulation renforcera à la fois la protection des parties prenantes et la réputation internationale de la RDC en matière de gestion des flux financiers.

Le responsable commercial et marketing de PixLab RDC a, pour sa part, salué l'initiative, insistant sur l'importance d'un cadre régulé pour permettre aux opérateurs d'exercer leurs activités dans de meilleures conditions.

Un enjeu économique de taille

Amorcée sous le gouvernement Sama Lukonde, alors que Nicolas Kazadi occupait le portefeuille des Finances, cette réforme répond à un constat resté longtemps préoccupant : le secteur des jeux d'argent générerait plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires annuel en RDC, pour à peine un million de dollars reversés à l'État — un écart que l'ancien ministre attribuait à la prolifération d'opérateurs illégaux et à l'absence de contrôle rigoureux.

En mars 2023, 139 opérateurs illégaux ou irréguliers avaient été recensés dans le secteur, dans un contexte marqué par l'absence de statistiques fiables sur leurs revenus. En 2022, les recettes fiscales issues des jeux d'argent n'avaient atteint qu'environ un million de dollars — un montant jugé très en-deçà du potentiel réel du secteur.

Selon les estimations avancées à l'époque, la taille actuelle du marché et le nombre d'acteurs en présence laissent entrevoir un potentiel de recettes supérieur à 100 millions de dollars au titre de la Taxe Unique sur les mises des parieurs, un an après la mise en place effective d'une Autorité de Régulation dotée d'un Central Monitoring System (CMS).

Avec la mise en place de sa plateforme de régulation centralisée et l'avancée du cadre légal, la CSJA confirme sa volonté de faire du secteur des jeux d'argent un pilier de mobilisation des recettes publiques, au service du développement économique de la RDC.